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Disparition forcée de Monsieur Claude Nduwarugira

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DECLARATION DU FOCODE n°009 /2018

 

« Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la disparition forcée de Monsieur Claude NDUWARUGIRA, militant du FNL introuvable depuis son enlèvement  le 11 janvier 2017 au chef-lieu de Rumonge ».

Dans le cadre de sa « Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi », le FOCODE a recueilli des informations et des témoignages sur la disparition forcée de Monsieur Claude NDUWARUGIRA, un militant du Front National de Libération (FNL) – aile Agathon RWASA, introuvable depuis son enlèvement survenu dans la journée du 11 janvier 2017 à Rumonge. Selon des proches et une source au sein du Service National de Renseignement, la victime aurait été enlevée par des éléments du SNR. Quelques semaines avant son arrestation, la victime était rentrée d’Afrique du Sud et s’occupait d’un commerce de souliers. Très porté à des discussions politiques dans des groupes Whatsapp, il aurait été ciblé par le renseignement burundais comme un élément dangereux. Répondant à un rendez-vous « d’une amie » connue via Whatsapp, Claude NDUWARUGIRA a été enlevé par des personnes à bord d’une Jeep Toyota Prado aux vitres teintées et n’a jamais été retrouvé depuis. Comme dans la quasi-totalité d’autres cas documentés par la Campagne NDONDEZA, les organes de l’Etat (la police et la justice particulièrement) ont brillé par leur indifférence après la disparition de Monsieur Claude NDUWARUGIRA.

Si ce dossier de la Campagne NDONDEZA s’ajoute à une série de cas similaires de disparitions d’opposants politiques (majoritairement membres des partis MSD et FNL- Aile Agathon Rwasa), il revêt également un caractère particulier : il met un accent sur un système de surveillance de l’activisme des opposants politiques sur les réseaux sociaux au Burundi. Claude NDUWARUGIRA était très actif dans des discussions politiques à travers différents groupes Whatsapp, dont un qui s’appellerait « Our Family » dans lequel se rencontreraient des opposants politiques et des éléments du pouvoir dont des informateurs du SNR. Dans ses écrits dans le groupe, Claude était extrêmement critique du régime NKURUNZIZA et aurait confié à une informatrice du renseignement burundais, qu’il prenait malheureusement pour une amie, qu’il était prêt à s’engager dans une rébellion contre le pouvoir de Pierre NKURUNZIZA. Il sera enlevé alors qu’il avait rendez-vous avec la même informatrice du SNR.

Depuis le déclenchement de la crise burundaise en avril 2015, les réseaux sociaux ont joué un rôle de premier plan dans la mobilisation citoyenne. Après la fermeture des radios indépendantes, la mobilisation pour les manifestations populaires passait par Facebook et les messages étaient largement relayés via des groupes WhatsApp qui se sont développés très rapidement.  Le renseignement burundais a par la suite créé de nombreux comptes Facebook pirates se faisant passer pour des personnalités connues de l’opposition ou de la société civile et a infiltré de nombreux groupes Whatsapp pour surveiller les débats. Par ce système de surveillance, nombre d’opposants sont tombés dans le piège du SNR comme dans le cas de Claude NDUWARUGIRA.

A. Identité de la victime

  1. Fils de Boniface NDIKURIYO et Judith NDAYISHIMIYE, Claude NDUWARUGIRA est né en date du 2 avril 1989. Il est originaire de Mibanda, une colline de la zone Kizuka, commune et province Rumonge. Au moment de sa disparition forcée, Claude NDUWARUGIRA résidait dans la ville de Rumonge, à la 9ème avenue du quartier Swahili.
  1. Jeune marié et père d’un (1) enfant, Claude NDUWARUGIRA était connu comme commerçant de chaussures qu’il importait de la Tanzanie. Il a laissé une veuve et son enfant âgé alors d’à peine une année et deux mois.
  1. Claude NDUWARUGIRA a disparu quelques semaines seulement après son retour d’Afrique du Sud où il venait de séjourner pendant trois ans.

B. Affiliation et activités politique de Claude NDUWARUGIRA

  1. Claude NDUWARUGIRA est présenté par ses proches comme un militant du parti FNL, l’aile dirigé par Agathon Rwasa. Il n’avait pas participé aux manifestations contre le troisième mandat de Pierre NKURUNZIZA étant donné qu’il résidait encore en Afrique du Sud en 2015.
  1. Selon les témoignages de ses proches, Claude NDUWARUGIRA ne cachait pas son affiliation politique et son opposition farouche au régime en place. Loin de là, il était plutôt très actif dans des débats à travers des groupes Whatsapp. Ses prises de position hostiles au régime de Pierre NKURUNZIZA auraient été particulièrement remarquées dans le groupe Whatsapp dénommé « Our Family ». Rapidement, il se serait lié d’amitié avec une femme membre du groupe sans savoir qu’il s’agirait d’une informatrice du SNR. C’est à cette dame qu’il aurait avoué toute son hostilité au régime NKURUNZIZA et même une intention de rejoindre une rébellion armée si l’opportunité se présente à lui. Ce sont ces révélations qui lui auraient été fatales.

C. Contexte et circonstances de la disparition forcée de Monsieur Claude NDUWARUGIRA

  1. L’enquête menée par la Campagne NDONDEZA sur la disparition de Claude NDUWARUGIRA revêt un caractère inédit par rapport aux autres cas documentés par la Campagne. Dans un premier temps, le FOCODE a été informé de la disparition de Claude NDUWARUGIRA par la personne présentée comme « informatrice du SNR » ayant piégé la victime. Il semble alors que la personne en question voulait se rassurer si le cas était connu de la Campagne NDONDEZA et des informations disponibles une année après la disparition. Des mois plus tard, lorsque la Campagne a commencé à enquêter sur le cas, la même personne a fourni une version complètement différente de ladite disparition.
  1. Ce rapport de la Campagne NDONDEZA s’appuie sur des témoignages des proches de la victime, des témoignages contradictoires d’une personne qui serait impliquée dans la disparition et des informations fournies par certains éléments de la police burundaise.

C.1. Témoignage des proches de Monsieur Claude NDUWARUGIRA.

  1. Selon le récit des proches de Claude NDUWARUGIRA, sa disparition suit le schéma de la majorité des cas de disparitions forcées documentés par la Campagne NDONDEZA : un appel téléphonique d’un « ami » -> enlèvement sur le lieu du rendez-vous par un véhicule aux vitres teintées –> détention dans un lieu secret –> absence d’enquête sérieuse par les organes répressifs –> protection et impunité de présumés auteurs.
  1. Selon le témoignage d’un proche, Claude NDUWARUGIRA a disparu le 11 janvier 2017 alors qu’il répondait au rendez-vous d’une « amie » qu’il avait connu dans un groupe Whatsapp et avec laquelle il discutait souvent. Cette amie l’avait appelé par téléphone deux jours avant et lui proposait de l’accompagner dans un événement (urubanza) à Makamba. Cette amie s’appellerait J.I. et travaillerait à la société SOBUGEA à Bujumbura. Elle serait également une informatrice du SNR. Avant de partir, Claude a informé sa famille des communications et du rendez-vous avec cette « amie » qui l’appelait via le numéro +257 75 217 390.

« Deux jours  avant la disparition, J.I. avait appelé Claude pour lui demander de l’accompagner dans un événement qui devait avoir lieu le jour de l’enlèvement. Immédiatement, Claude a informé son épouse qu’il ira dans deux jours dans un événement et qu’il sera avec une dame de Bujumbura, J.I. Le numéro de J.I. était bien connu de la famille puisque Claude parlait souvent de ses discussions et de ses projets avec J.I. Le jour du rendez-vous, J.I. a appelé Claude dès qu’elle a quitté Bujumbura et ils sont restés connectés tout au long de l’évolution du voyage de J.I sur le trajet Bujumbura-Rumonge. Claude a quitté chez lui et est allé à la rencontre de J.I. ».

  1. Selon des informations fournies par des proches de la victime, Claude NDUWARUGIRA était attendu au parking de Rumonge par une jeep camionnette aux vitres teintées à bord de laquelle se seraient trouvées J.I. et d’autres personnes qui n’auraient pas été reconnues. La jeep aurait repris le trajet retour Rumonge-Bujumbura. Les proches de la victime assurent avoir tout fait pour retrouver les traces de la victime. Ils affirment qu’ils ont notamment enquêté sur l’historique des appels téléphoniques de la victime et que les informations obtenues auprès de l’ARCT[1] indiquent qu’après Rumonge la victime aurait reçu des appels à Kizuka, Magara, Kanyosha[2] et jusqu’à Kamenge[3]. La victime aurait été conduite dans les provinces et son téléphone aurait cessé d’être joignable au niveau de la route qui mène vers Rutana[4].
  1. La Campagne NDONDEZA n’a pas reçu la copie de cette historique et si ces informations se révèlent être véridiques, il serait difficile de savoir si tout au long de ce trajet le téléphone était encore dans les mains de la victime. Parfois, il arrive qu’après l’enlèvement des victimes, leurs téléphones soient emmenés dans divers coins du pays pour dérouter ceux qui mèneront l’enquête sur la disparition. Cela a notamment été le cas dans la disparition forcée du policier Gaston CISHAHAYO[5]. Son téléphone a été rapidement emmené à la frontière rwando-burundaise à Cibitoke pour faire croire que la victime s’était enfuie au Rwanda.
  1. Les proches de Claude NDUWARUGIRA ont confié à la Campagne NDONDEZA qu’ils avaient contacté Madame J.I. dès qu’ils ont perdu le contact de la victime. La dame aurait alors reconnu qu’elle avait rendez-vous avec Claude NDUWARUGIRA et qu’ils comptaient participer ensemble à un événement mais qu’arrivée à Rumonge elle aurait longtemps attendu Claude en vain. Elle serait partie sans Claude NDUWARUGIRA qui était par ailleurs devenu injoignable sur ses téléphones. Cette déclaration semble bizarre puisque les numéros téléphoniques de la victime (+257 72 299 927 et 68 213 209) ont continué à fonctionner selon les proches.

« J’ai moi-même discuté au téléphone avec Madame J.I. Elle a reconnu qu’ils allaient participer ensemble à un événement mais qu’elle l’a attendu et ne l’a pas trouvé [sur le lieu de rencontre]. C’est cela qui a notamment créé nos soupçons sur cette dame » a confié un proche de la victime. »

  1. Si les propos attribués à Madame J.I sont véridiques, ils contrasteraient avec le témoignage fourni au FOCODE. Mais d’emblée, c’est un témoignage lui-même plein de contradictions qui ne manquent pas de susciter des interrogations sur le rôle de la dame dans la disparition de Claude NDUWARUGIRA.

C.2. Témoignage de Madame J.I. citée comme l’auteure de la disparition.

  1. A l’occasion d’une enquête sur un autre cas de disparition, la Campagne NDONDEZA a reçu une question intéressante de Madame J.I : « avez-vous eu connaissance du cas d’un jeune homme enlevé à Rumonge au début de cette année ? Le jeune venait de rentrer d’Afrique du Sud. » Ce cas n’était pas dans la base de données du FOCODE. Madame J.I disait qu’elle avait remarqué ce jeune alors qu’elle se rendait dans un évènement familial à Makamba, elle aurait vu son arrestation par des éléments du SNR dont le tristement célèbre Joseph-Mathias NIYONZIMA alias KAZUNGU. Quand la Campagne NDONDEZA a voulu connaître l’identification de la victime et ses proches, Madame J.I. a répondu qu’elle allait demander à un ami de la victime qui se trouvait encore en Afrique du Sud. Quelques semaines plus tard, la réponse de J.I. était bizarre : l’ami de Claude était hospitalisé en Afrique du Sud et il n’y avait aucun moyen de le joindre par téléphone. J.I. ne connaissait pas les autres membres de la famille de Claude mais elle savait que son épouse résidait toujours à Rumonge. Comment avait-elle appris l’hospitalisation de cet ami s’il était impossible de le joindre ? Comment connaissait-elle la résidence de l’épouse de Claude alors qu’elle ne connaissait pas les membres de la famille de Claude ? La suite de cette enquête montre clairement que Madame J.I. connaissait tous ces éléments et qu’elle aurait probablement voulu savoir si la Campagne NDONDEZA s’intéressait à ce dossier.
14/10/2017 à 05:41 – NDONDEZA: Wibuke na ya contact ya wa muhungu wo muri Afrika y’epfo.
14/10/2017 à 18:36 – J.I. : Umwe wo muri afrika yepfo numero yiwe aheruka ko kera , ngo yaragize         accident ngo ari mubitaro.
14/10/2017 à 18:54 – NDONDEZA: Oh mon Dieu. Nta moyen n’imwe yo kuronka abiwe bandi?
14/10/2017 à 20:40 – J.I. :  Barahize barabuze barahevye kuko vyabaye muri janvier
14/10/2017 à 20:41 – J.I. : Yari umu jeune marié di niho bari bakironka umwana.
14/10/2017 à 20:41 – J.I. : Abiwabo ntabonzi kabisa
  1. Après avoir reçu des informations sur la disparition de Claude NDUWARUGIRA, la Campagne NDONDEZA a contacté de nouveau Madame J.I. à partir de février 2018 ; la Campagne voulait se rassurer que ce n’était pas le même Claude que J.I. avait évoqué quatre mois plus tôt. Quand elle a vu la photo de la victime, elle l’a reconnue immédiatement et a promis de fournir des informations sans se rappeler ses déclarations d’octobre 2017. Sa nouvelle version était très différente de la première et comptait beaucoup de contradictions. J.I. décrit la victime dans des termes très méprisants, souligne que ce n’est qu’un fanfaron qui prétend combattre le régime NKURUNZIZA, reconnaît qu’elle avait un contact régulier avec la victime, conteste qu’elle avait rendez-vous avec la victime le jour de sa disparition mais plutôt que Claude serait parti rencontrer Willy NYAMITWE[6] à Bujumbura et affirme enfin que la victime s’est fait enrôler dans la rébellion d’Aloys NZABAMPEMA. Alors que dans sa version d’octobre 2017 elle disait qu’elle ne connaissait pas la famille de Claude, en février 2018 elle a reconnu qu’elle avait été détenue brièvement dans le cadre des investigations de la police et qu’elle connaissait beaucoup de proches de la victime.
  1. La Campagne NDONDEZA dispose d’un témoignage audio de Madame J.I. Dans un premier temps, elle déclare qu’elle n’a jamais rencontré Claude NDUWARUGIRA mais qu’elle le connaît depuis 2016 à travers un groupe Whatsapp dénommé « OUR FAMILY ». Originaire de Rumonge, à l’époque Claude résidait encore en Afrique du Sud. Tout en reconnaissant qu’ils étaient devenus des amis et échangeaient régulièrement via Whatsapp (inbox), Madame J.I. qualifie Claude NDUWARUGIRA de fanfaron, d’illettré et de vantard bête qui racontait des histoires qu’il ne maitrisait même pas. De retour au pays, il aurait raconté à Madame J.I. qu’il avait été reçu à l’aéroport par Willy NYAMITWE. Elle affirme que Claude était très actif dans le groupe et écrivait contre le régime en place et Pierre NKURUNZIZA. « Une fois, alors que le président allait tenir une croisade évangélique à Matana, Claude a osé écrire que ce chien-là va tenir sa croisade à Matana et nous allons l’attendre au retour pour l’éliminer ! Il a osé écrire de telles choses dans un groupe qui comprend pas mal de membres du CNDD-FDD…et il a continué dans le groupe des choses similaires » a confié Madame J.I. à la Campagne NDONDEZA.
  1. Témoignant sur le jour de la disparition de Claude NDUWARUGIRA, Madame J.I. a déclaré intégralement ce qui suit :

«A un certain moment, nous avons décidé de nous rencontrer pour discuter sérieusement des questions politiques puisque nous partagions notre vision et nous nous sommes fixés un rendez-vous pour aller tenir notre rencontre à Makamba. Mais à la dernière minute, alors que je l’attendais à Rumonge, il m’a écrit un message et m’a dit qu’il n’allait pas venir, arguant qu’il avait eu une mission (un deal) de l’Administrateur[7] et qu’il allait ensuite descendre à Bujumbura pour rencontrer Willy NYAMITWE et d’autres personnalités. C’est alors que j’ai demandé à l’administrateur du groupe OUR FAMILY pour savoir quelle serait la qualité de ce type qui se vantait toujours d’être une connaissance de hautes personnalités. Celui-ci me l’a décrit comme un petit vaurien qui ne fait que raconter des bêtises. J’ai enfin compris que tout ce qu’il racontait, c’était peut-être par simple bêtise. Nous avons donc parlé et il a annulé son voyage à la dernière minute, et de notre côté nous avons continué notre route vers Makamba. Nous étions à trois dans le véhicule. Quelques jours plus tard, j’ai appris qu’il aurait été kidnappé et je me demandais où cela a pu avoir lieu. Mais je dois dire que Claude m’avait avoué qu’il voulait rejoindre la rébellion.  Je n’ai pas su s’il avait fini par intégrer une rébellion, personne n’avait les nouvelles de Claude. Par la suite j’ai été harcelée par de nombreux appels téléphoniques de ses proches, ceux du Congo, ceux de partout. Chaque fois ils me demandaient si je savais où se trouve Claude. Je répondais que je n’avais jamais rencontré Claude, je ne le connaissais que via des appels téléphoniques. Plus tard, ils ont même amené la police pour m’arrêter. Je leur ai recommandé d’aller vérifier l’historique de mes appels téléphonique s’il y aurait des communications relatives à cette histoire. Ces accusations m’ont vraiment fait mal. J’ai même pensé me venger sur sa femme, mais je ne l’ai pas fait. Franchement, je n’ai aucune information sur la disparition de Claude, mais tout ce que je sais est qu’il m’avait confié qu’il rejoindrait la rébellion pour défendre la patrie. Il m’avait clairement dit qu’il ne dira pas au revoir à sa famille, que tout le monde allait l’apprendre après son départ. A ce jour, je n’ai aucune nouvelle de sa situation ».

  1. Les propos de Madame J.I. comportent beaucoup de contradictions déjà à ce niveau. Elle affirme que Claude NDUWARUGIRA était son ami, mais lui colle des qualificatifs qui le dénigrent. Elle affirme qu’ils partageaient une vision politique, mais le taxe de fanfaron et d’opposant au régime en place. Elle déclare qu’il n’y a pas de communications dans son téléphone relatives à cette disparition, mais reconnaît qu’ils ont eu une longue conversation téléphonique le jour de la disparition et que Claude avait annulé le rendez-vous par message téléphonique. Elle dit qu’ils allaient discuter à Makamba de leurs idées politiques, mais affirme qu’ils ont continué le voyage de Makamba alors que Claude avait annulé sa participation. Cette version des faits est totalement contraire aux informations que Madame J.I avaient fournies à la Campagne NDONDEZA en octobre 2017 quand elle affirmait «qu’il y aurait un type venu de l’Afrique du Sud dont elle aurait aperçu l’arrestation à son passage à Rumonge, et qu’elle le croyait avoir été assassiné, à ce jour. »
  1. Comme le régime burundais le fait pour justifier la plupart des cas de disparitions des opposants et des militaires ex-FAB, Madame J.I. a insisté dans ces derniers messages pour affirmer que Claude NDUWARUGIRA avait intégré la rébellion du Général Aloys NZABAMPEMA qui opère à partir de l’Est de la République Démocratique du Congo. Cette affirmation a connu trois évolutions. Dans les premiers messages, elle a déclaré que Claude lui avait souvent annoncé son intention d’aller se battre dans la rébellion. Dans un deuxième temps elle a affirmé qu’un proche de Claude NDUWARUGIRA, employé à la REGIDESO, lui avait dit que Claude se trouvait au Congo dans la rébellion. Enfin, dans les derniers messages, elle a déclaré que Claude l’avait appelée avec un numéro congolais pour lui annoncer qu’il était dans la rébellion d’Aloys NZABAMPEMA. A la question de savoir pourquoi Claude avait préféré informer Madame J.I. uniquement et non sa propre famille qui continuait à le chercher, la dame n’a pas répondu.

D. Réaction de la police après la disparition de Monsieur Claude NDUWARUGIRA

  1. Les proches de Claude NDUWARUGIRA ont tout tenté pour retrouver la victime. Ils ont notamment fourni à la police toutes les informations sur le rôle joué par Madame J.I. dans l’enchainement ayant conduit à cette disparition. Ils ont cherché l’historique des contacts téléphoniques de Madame J.I. et l’ont utilisé pour convaincre la police à enquêter sur cette dame.
  1. Selon des informations obtenues par la Campagne NDONDEZA et confirmée par l’intéressée, Madame J.I. a été arrêtée par la police et conduite à la police judiciaire dans le cadre d’une enquête sur la disparition forcée de Claude NDUWARUGIRA. Mais, comme d’habitude dans ce genre de dossiers, il n’y a pas eu d’évolution. Madame J.I. a été libérée le même jour. L’ordre de sa libération serait venu du Procureur Général de la République. L’enquête policière n’a connu aucune autre évolution depuis.

E. Conseils sur l’activisme politique dans les groupes Whatsapp au Burundi.

  1. Depuis le déclenchement de la crise liée à la troisième candidature de Pierre NKURUNZIZA, les réseaux sociaux jouent un rôle sans précédent dans la mobilisation citoyenne, dans la divulgation de l’information, dans la publication des alertes sur des personnes arrêtées, etc. Beaucoup de citoyens mènent des discussions passionnées dans des groupes Whatsapp. Malheureusement, très peu de gens savent encore que de nombreux groupes Whatsapp sont infiltrés d’agents du Service National de Renseignement (SNR). Nombre de victimes de disparitions forcées ou d’arrestations arbitraires sont tombées dans le piège de personnes inconnues rencontrées dans des groupes Whatsapp et auxquelles elles ont dévoilé leurs opinions et leur engagement politique via des discussions « inbox ». Un groupe Whatsapp donne l’illusion d’un groupe homogène de personnes qui partagent une même vision et parfois on arrive à se fier à des personnes inconnues. C’est ce qui est arrivé à Claude NDUWARUGIRA.
  1. Il existe une autre approche dangereuse du renseignement de Pierre Nkurunziza dans les groupes Whatsapp selon des informations obtenues par la Campagne NDONDEZA. C’est l’infiltration des groupes par de « faux pasteurs » qui enseignent la « parole de Dieu » pour s’attirer la confiance des participants d’un groupe Whatsapp. Dans les contacts qu’ils mènent individuellement « inbox », ils se mettent à faire des révélations sur l’avenir des gens et pas mal tombent dans le panneau en racontant leurs vies, leurs espoirs, leurs peurs, leurs plans, leurs secrets. Toute information intéressante est par la suite envoyée au renseignement privé de Pierre NKURUNZIZA.
  1. La troisième approche utilisée par le renseignement burundais dans les réseaux sociaux a été de créer des comptes pirates de responsables connus de la société civile, de l’opposition politique ou même des mouvements armés. Cette approche a été rapidement démasquée, mais pas mal de personnes étaient déjà tombées dans le piège. Il existe également de nombreux comptes anonymes ou à pseudonymes utilisés pour insulter des opposants ou distiller des messages ethniques de haine.
  1. Notre conseil : il est essentiel que les réseaux sociaux continuent à jouer leur rôle d’interaction entre les citoyens, de mobilisation et d’alerte. En même temps, il est extrêmement important que les usagers comprennent rapidement que toute personne trouvée dans un groupe Whatsapp n’est pas « un (e) ami(e) » et mesurer les secrets à confier à ce genre de personnes. Les gens devraient également faire attention chaque fois qu’ils sont en discussion avec des personnes qui cherchent rapidement à connaître leur localisation précise ou qui invitent à des rendez-vous de rencontre.
  1. Il importe de souligner enfin que le renseignement burundais a entrepris à un certain moment une campagne de découragement de l’activisme sur des réseaux sociaux. Des cas d’arrestation des administrateurs de groupes Whatsapp ont été signalés, des cyber activistes ont reçu des messages d’intimidation, des citoyens ont été menacés pour des commentaires et des « like » qu’ils mettaient sur les publications de certaines personnes connues. Un jeune étudiant burundais en Inde, qui avait révélé l’utilisation de VPN pour contourner la fermeture des réseaux sociaux au début des manifestations populaires contre le troisième mandat de Pierre NKURUNZIZA, a été arrêté et brutalisé par le renseignement burundais à son retour au Burundi.

N.B. : Le FOCODE avise ceux qui voudront utiliser d’une manière ou d’une autre les données de cette enquête qu’une partie d’informations a été gardée confidentielle afin de tenter de protéger les sources ou de préserver l’intégrité des différentes preuves qui pourront être utiles aux instances judiciaires ou autres qui pourront traiter le dossier. Ces informations pourront être livrées, sur requête, à tout organe d’enquête jugé indépendant ou toute autre instance jugée appropriée à recevoir de telles informations.

F. Prise de position du FOCODE et recommandations.

  1. Le FOCODE condamne la disparition forcée de Monsieur Claude NDUWARUGIRA, le silence des autorités burundaises sur ce crime grave ainsi que l’inaction de la justice burundaise dans la quasi-totalité des cas de disparition forcée et d’exécutions extrajudiciaires des membres de l’opposition politique ou des personnes perçues comme tel par le régime de Pierre NKURUNZIZA ;
  1. Le FOCODE condamne la persistance de multiples actes d’atteinte graves aux droits fondamentaux perpétrés par des agents du SNR, la persistance du phénomène des disparitions forcées et exécution extrajudiciaire ainsi que la totale impunité garantie aux éléments des corps de défenses et de sécurité impliqués dans des actes de disparition forcées;
  1. Le FOCODE demande une enquête indépendante sur la disparition forcée de Claude NDUWARUGIRA, ainsi que la traduction en justice de Madame J.I. et de toute personne qui aurait été impliquée dans le processus de la disparition forcée de Claude NDUWARUGIRA ;
  1. Le FOCODE réitère sa demande à la Cour Pénale Internationale d’enquêter profondément sur le phénomène des disparitions forcées devenu récurrent au Burundi et l’engagement des poursuites contre leurs auteurs présumés.

[1] Agence de régulation et de contrôle des télécommunications

[2] Les trois localités sont sur la route Rumonge-Bujumbura

[3] Kamenge se trouve au nord de la ville de Bujumbura

[4] Rutana se trouve au sud du Burundi

[5] Disparition forcée de Gaston Cishahayo, http://ndondeza.org/gaston-cishahayo/

[6] Willy Nyamitwe est le Conseiller Principal chargé de la Communication à la Présidence de la République

[7] Il s’agit de l’Administrateur communal de Rumonge