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Disparition forcée de Monsieur Adelin Congera.

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« Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la disparition forcée de Monsieur Adelin CONGERA, militant du parti CNL enlevé à Maramvya le 03 avril 2019 ».

Dans le cadre de sa « Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi », le FOCODE a recueilli des informations et des témoignages sur la disparition forcée de Monsieur Adelin CONGERA, ancien combattant des FNL démobilisé et militant discret du Congrès National pour la Liberté CNL (parti politique de l’opposition dirigé par Agathon RWASA), introuvable depuis son enlèvement le 03 avril 2019 à Maramvya en commune de Mutimbuzi. L’opération d’enlèvement aurait été menée par des agents de la milice Imbonerakure et du Service National de Renseignement (SNR) dont un qui s’était présenté comme un client à la recherche d’une parcelle à acheter. La victime est facilement tombée dans le piège parce qu’il faisait office de commissionnaire indépendant des parcelles à Mutimbuzi. Dans un premier temps, le responsable communal des Imbonerakure à Mutimbuzi aurait confirmé à un administratif local qu’il connaissait le lieu de détention de la victime ; plus tard il aurait plutôt proféré des menaces de mort à ceux qui poursuivaient la recherche de la victime. Comme dans la quasi-totalité des autres cas de disparitions forcées, les autorités policières et judiciaires n’ont rien fait pour retrouver la victime et châtier les auteurs de l’enlèvement.

A. Identité de la victime.

Fils d’Emmanuel NURWAHA et d’Euphrasie NDABIGENGESERE, Adelin CONGERA est né en 1984 sur la colline Gatagura de la commune Rugazi en province de Bubanza. Marié et père de 4 enfants, Adelin CONGERA avait sa résidence à la 12ème Transversale de la colline Rubira, zone Maramvya de la commune Mutimbuzi en province de Bujumbura, juste à la frontière avec la commune Mpanda de la province Bubanza. N’ayant même pas pu achever ses études primaires, Adelin CONGERA faisait vivre sa famille grâce aux revenus issus de son métier d’agriculteur. Il était aussi connu comme un commissionnaire des parcelles : il facilitait les transactions foncières entre les propriétaires des parcelles et les acheteurs.

Ancien combattant du mouvement Palipehutu-FNL, une rébellion qu’il avait intégrée en 2006, Adelin CONGERA a été démobilisé en 2009 avant de réintégrer la vie civile. Adelin CONGERA voulait vivre paisiblement sa vie civile et ne s’affichait pas dans des activités politiques, quoiqu’il soit resté membre du parti d’Agathon RWASA. Ainsi, il n’avait pas participé aux manifestations populaires de 2015 contre le troisième mandat du Président NKURUNZIZA, à la différence de la grande majorité des  militants des FNL de la zone Maramvya.

Des sources proches de la famille ont indiqué au FOCODE que les Imbonerakure de Maramvya avaient tenté à maintes occasions de recruter Adelin CONGERA au sein du CNDD-FDD mais leurs tentatives étaient restées infructueuses. Les mêmes sources pensent que ce refus catégorique de rejoindre le parti au pouvoir serait à l’origine de la disparition forcée d’Adelin CONGERA. Sur base des cas déjà documentés par le FOCODE dans le cadre de la campagne Ndondeza, il ressort que le régime du CNDD-FDD a du mal à tolérer un démobilisé qui refuse de lui faire allégeance. Il en est de même pour les militaires et policiers issus de l’ancien mouvement armé Palipehutu-FNL. 

B. Contexte de l’enlèvement et de la disparition d’Adelin CONGERA.

Tout s’est passé dans la matinée du 03 avril 2019, entre 9 heures et 10 heures locales selon les estimations des témoins. Après un appel téléphonique reçu alors qu’il se trouvait chez lui, Adelin CONGERA se serait rendu à la 12ème transversale de Maramvya en haut du pont de la rivière Kivogero, sur la route menant vers Kabamba, non loin d’un hangar communautaire de riz et il y aurait passé un moment avec d’autres personnes. Visiblement, il attendait la personne qui l’avait appelé au téléphone.

Des sources ont indiqué au FOCODE qu’un homme inconnu dans la localité s’était présenté comme un acheteur de parcelle. Il aurait alors approché Adelin CONGERA et lui aurait demandé de lui montrer une parcelle à acheter. Commissionnaire bien renseigné sur des parcelles en attente de clients dans toute la zone de Maramvya, Adelin aurait accepté et les deux hommes seraient partis ensemble en causant « gentiment ».

Adelin CONGERA et « son client » auraient marché sur une distance d’environ 400 mètres lorsqu’a surgi un véhicule noir de type Jeep Prado aux vitres teintées qui s’est brusquement arrêté à la hauteur d’Adelin CONGERA. Adelin a été rapidement embarqué de force et le véhicule est reparti sans que personne ne puisse s’apercevoir ni de sa plaque d’immatriculation ni de l’apparence vestimentaire des occupants, encore moins de leur identité. C’est alors que le groupe de personnes restées à la 12ème Transversale a compris que l’offre d’achat d’une parcelle n’était qu’un traquenard destiné à éloigner Adelin CONGERA des témoins qui auraient pu identifier le véhicule et les occupants. 

C. Efforts de la famille pour retrouver Adelin CONGERA.

La triste nouvelle de l’enlèvement d’Adelin CONGERA est parvenue à sa famille par l’entremise des témoins. Les recherches des proches de la victime et des amis se sont naturellement focalisées sur les lieux officiels de détention tels que les cachots et prisons, mais sans succès.

Le chef de colline prénommé Louis a été approché par la famille du disparu pour lui prêter main-forte dans la recherche. Des sources ont indiqué au FOCODE que le chef de colline a fait tout son possible mais n’aurait obtenu aucune information sur le sort d’Adelin CONGERA.

Le FOCODE a été informé d’un comportement bizarre du responsable communal de la milice Imbonerakure dans la commune Mutimbuzi, Népomuscène DUSENGUMUREMYI. Appelé au téléphone par un des proches de la victime pour apporter son appui aux recherches, Népomuscène DUSENGUMUREMYIaurait répondu qu’il ne fallait pas trop s’inquiéter puisque Adelin CONGERA était emprisonné quelque part et qu’il allait être relâché. Népomuscène n’aurait toutefois pas précisé l’endroit où Adelin était emprisonné. Plus d’une année après son enlèvement, Adelin CONGERA n’a fait aucun signe de vie.Dans les jours qui ont suivi, Népomuscène DUSENGUMUREMYI aurait proféré des menaces graves contre une des personne qui aidait la famille dans la recherche de la victime. En effet, ce représentant des Imbonerakure aurait appelé et lui aurait passé un message à peine voilé sur sort probablement réservé à Adelin CONGERA : « Ugomba tukujane iyo bamujanye ? » ce qui peut se traduire par : « Veux-tu subir le même sort que lui (sous-entendu la victime) ?».   

D. Les présumés auteurs de la disparition d’Adelin CONGERA.

La commune de Mutimbuzi, et plus particulièrement la zone de Maramvya, se présente de plus en plus comme un secteur sous le contrôle exclusif des miliciens Imbonerakure où ces derniers règnent en maîtres absolus, se rendant coupables de toutes sortes d’exactions à l’encontre des membres des partis politiques de l’opposition et de tous ceux qui sont soupçonnés de l’être. Et cela dans l’impunité la plus totale. Sous le commandement de Népomuscène DUSENGUMUREMYI, représentant communal des Imbonerakure et collaborateur du Service National de Renseignement (SNR), les miliciens Abraham BIZIMANA alias Mafyeri (ancien combattant des FNL), Sébastien (ancien combattant des FNL) Emmanuel NDUWIMANA alias Fureshi, Ezéchiel NZANYWENIMANA alias Nzanywe, NSHIMIRIMANA alias SHIMWE sont cités par plusieurs sources concordantes comme les plus impliqués dans cette répression aveugle contre les opposants.

Le rôle de Népomuscène DUSENGUMUREMYI dans l’enlèvement et la disparition d’Adelin CONGERA se remarque à deux niveaux ; d’abord à travers la réponse qu’il a donnée lorsqu’il a été appelé au secours. Il a demandé à ceux qui faisaient les recherches de se calmer puisqu’Adelin était emprisonné quelque part et qu’il serait libéré.de cette réponse, il s’entend que Népomuscène connaissait le lieu de détention de la victime et l’identité de ceux qui la détenaient. Ensuite, les témoins ayant assisté à l’enlèvement d’Adelin CONGERA ont rapporté que le véhicule utilisé est une Jeep de type Toyota Prado de couleur noire avec des vitres noires ; une description qui concorde avec celle du véhicule de Népomuscène DUSENGUMUREMYI. Certaines sources ont indiqué que Népomuscène aurait été lui-même dans le véhicule.

Le responsable communal des Imbonerakure à Mutimbuzi est un homme très redouté pour sa cruauté et pour ses liens avec le Service National de Renseignement (SNR). Les sources proches de l’administration communale rapportent qu’il serait le véritable homme fort de la commune. Il détiendrait le monopole de l’extraction des matériaux de construction (pierres, graviers, sable, moellons, etc.) dans la rivière Muzazi via une coopérative dont il est le chef. Selon un reportage de la Radio Publique Africaine (RPA), il se distinguerait egalement par des enseignements divisionnistes sur base ethnique : 

Selon notre source, parmi les participants à ladite séance, la réunion était dirigée par Népomuscène Dusengumuremyi, responsable des Imbonerakure en commune Mutimbuzi et natif de la zone Rubirizi. La même source révèle qu’était également convié à cette réunion un Imbonerakure réputé pour ses crimes commis à l’endroit des opposants du Cndd-Fdd, Abraham Bizimana dit Mafyeri originaire de la zone Maramvya.

Selon toujours notre source, ce responsable des Imbonerakure en commune Mutimbuzi n’avait qu’un message : « Imbonerakure et démobilisés, soyez vigilants car l’ennemi du hutu est toujours là. Le pouvoir est pour le moment entre les mains d’un hutu et le parti Cndd-Fdd a une vision de diriger le pays jusqu’en 2062. » Et d’ajouter : « Comme nous avons eu de la chance que les ventriotes aient fui le pays, soyez prudents pour qu’il n’y ait aucun tutsi qui se hasarderait à revenir au pouvoir comme ils l’ont tenté en 2015 sans succès. »[1]   

Le nom de Népomuscène DUSENGUMUREMYI revient plusieurs fois dans les exactions commises contre les droits humains dans la commune de Mutimbuzi, plus particulièrement dans la traque des militants du parti CNL (ancien FNL d’Agathon RWASA). Il serait, selon toujours une enquête de la RPA, à la tête d’une opération de distribution de grenades dans les différentes zones de sa commune dans le but de harceler effectivement les militants du CNL à la veille des élections de 2020 : Jean-Népomuscène Dusengumuremyi, chef des Imbonerakure à Mutimbuzi, s’est chargé lui-même de la distribution de ces grenades. Les informations recueillies par la RPA révèlent qu’il a fait le tour dans les 4 zones de la commune. Essayant d’opérer en toute discrétion, les sources de la RPA précisent que les Imbonerakure choisis dans une même zone recevaient les grenades séparément. « Dans chaque zone, on donnait 2 grenades. A Maramvya, à la 15ème avenue et à la 13ème. Rubirizi, c’est au centre et à Muyange. A Gatumba, cela s’est fait dans les secteurs Kinyinya et Kigwati. Quant à Maramvya, c’est à la 15ème transversale et à la 13ème transversale. Ces armes ont été distribuées par Jean-Népomuscène Dusengumuremyi, responsable des imbonerakure. »[2]

Une source interne au SNR a révélé au FOCODE que le groupe des Imbonerakure de Maramvya joue un rôle très important dans le dispositif criminel du renseignement burundais et qu’il aurait une mission spéciale : celle de l’enterrement nocturne des opposants exécutés et celle de la surveillance de différentes fosses communes éparpillées dans cette commune. C’est cette mission spéciale qui expliquerait en partie la toute-puissance qu’affiche ce groupe et la garantie d’impunité dont il bénéficierait.

Les miliciens Sébastien et Abraham BIZIMANA alias Mafyeri, deux anciens combattants des FNL convertis en miliciens imbonerakure et agents du SNR, sont également cités par les différentes sources dans l’enlèvement et la disparition forcée d’Adelin CONGERA. Seule une enquête indépendante et la traduction en justice des présumés auteurs permettraient d’établir les responsabilités des uns et des autres dans cette disparition et les autres crimes commis à en commune Mutimbuzi depuis 2015.


[1] https://www.rpa.bi/index.php/2011-08-15-07-10-58/politique/item/5673-des-enseignements-a-caractere-divisionniste-propages-par-le-parti-cndd-fdd

[2] https://www.rpa.bi/index.php/2011-08-15-07-10-58/politique/item/6558-des-armes-distribuees-aux-imbonerakure-de-mutimbuzi-pour-traquer-les-opposants