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Disparition forcée d’Arcade Butoyi et Alawi Niyonkuru.

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« Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la double disparition d’Arcade BUTOYI alias Manyema et Alawi NIYONKURU, enlevés au chef-lieu de la province Cankuzo le soir du Mardi 28 Avril 2020. »

Dans le cadre de sa « Campagne Ndondeza contre les disparitions forcées au Burundi », le FOCODE a reçu des informations sur la disparition, au chef-lieu de la province Cankuzo, de deux citoyens burundais, Arcade NIYONKURU et Alawi NIYONKURU, introuvables depuis leur enlèvement au bar « Ku Kayaga », le soir du 28 Avril 2020. Ce dossier s’inscrit dans une très longue litanie des malheurs que subissent les opposants et présumés opposants au régime du CNDD-FDD depuis 2015, une tendance qui s’est amplifiée au cours de la récente campagne électorale. Arcade BUTOYI était chargée de la sonorisation des meetings du parti Congrès National pour la Liberté CNL[1] en province de Cankuzo. Il a disparu au retour d’une journée de campagne électorale en commune Kigamba et à trois jours du meeting d’Agathon RWASA, candidat du CNL aux présidentielles, en province de Cankuzo. Alawi NIYONKURU, militant du parti MSD qui se serait rapproché du CNL, partageait un verre ave Arcade BUTOYI au moment de l’enlèvement.  Comme dans de nombreux autres cas de disparitions forcées depuis 2015, les auteurs de l’enlèvement étaient en tenue de la police nationale et les corps de l’Etat n’ont rien fait pour rechercher les victimes et les auteurs du crime.

A. Identité des victimes.

A.1. Arcade BUTOYI.

Fils de François BUTOYI et de Philomène RUHENE, marié et père de cinq (5) enfants, Arcade BUTOYI est né en 1971 à Muyaga en commune et province de Cankuzo. Arcade BUTOYI était très connu à Cankuzo sous le surnom de « DJ Manyema », un surnom qu’il doit à son business de sonorisation des cérémonies de mariage, des croisades de prières, des meetings politiques, etc. Marié et père de cinq enfants, Arcade BUTOYI résidait à Nyamparahara, un quartier à la périphérie de la ville de Cankuzo.

Arcade BUTOYI a fait ses études primaires à l’Ecole primaire de Muyaga (1977-1984), le cycle inférieur de ses études secondaires à l’Ecole moyenne pédagogique de Muyaga (1989-1989) avant d’être orienté dans la section pédagogique à l’EMP Muyaga (1989-1992), section qu’il terminera à Rumonge (1993-1995) avec un diplôme d’instituteur.

En 1996, Arcade BUTOYI a commencé sa carrière professionnelle comme enseignant à l’Ecole primaire de Muyaga. Il prestera à la même école pendant 17 ans jusqu’en 2013, année de sa révocation arbitraire et illégale, décision qui ne lui a même pas été notifiée par écrit. S’agissant du motif de sa révocation, ses proches ont confié au FOCODE qu’en 2013 le ministère ayant l’enseignement de base et secondaire dans ses attributions avait lancé une politique dite « politique de redéploiement du personnel enseignant » qui avait entre autres objectifs la répartition équitable des ressources humaines à travers tout le pays. La politique s’appuyait sur des critères objectifs et préalablement établis et consistait à déplacer des enseignants des écoles où ils étaient en surnombre vers celles qui n’en avaient pas assez. Les établissements scolaires des villes et des centres urbains des provinces et des communes étaient plus ou moins nantis en personnel enseignant, alors que ceux des contrées plus reculées et enclavées souffraient beaucoup du manque d’enseignants.

Selon les critères de ce redéploiement, les plus jeunes dans la profession étaient redéployés en premier lieu. Ainsi donc, ses 17 ans d’ancienneté dans la profession et à un établissement scolaire étaient suffisants pour maintenir Arcade BUTOYI à son poste d’attache à l’EP Muyaga. C’était sans compter avec la volonté de l’administration scolaire d’éloigner Arcade BUTOYI du centre provincial de Cankuzo afin d’handicaper ses responsabilités syndicales. C’est avec surprise et indignation qu’Arcade apprit son redéploiement en commune Gisagara de la même province. Arcade BUTOYI contesta cette décision injuste étant donné que des enseignants moins anciens dans la profession avaient été maintenus à l’EP Muyaga. Par la suite, Arcade BUTOYI a été verbalement révoqué en raison de son refus d’exécuter la décision de mutation à Gisagara. Arcade BUTOYI a porté plainte contre sa révocation devant la cour administrative et il a eu gain de cause quatre ans plus tard, la cour a ordonné sa réhabilitation.

Pendant ces 4 longues années de révocation, Arcade BUTOYI s’est trouvé un autre métier afin de continuer à pourvoir aux besoins de sa famille. Il a acheté du matériel de sonorisation et il a commencé à offrir ses services à des clients divers. La réhabilitation d’Arcade BUTOYI dans la fonction publique ne signifiait pas la fin des tracasseries administratives. Affecté à l’Ecole primaire de Bunyerere en commune Gisagara, très loin de sa famille, Arcade a continué à se battre pour une réaffectation en commune Cankuzo ; il a même décroché un accord de permutation avec des collègues, mais l’administration scolaire s’est toujours opposée au retour du syndicaliste à Cankuzo.

Les ennuis d’Arcade BUTOYI sont liés à son engagement syndical et politique. Selon des proches qui se sont confiés à la campagne Ndondeza, Arcade BUTOYI est un homme hyper actif et intelligent. A plusieurs reprises il a été élu représentant provincial du Syndicat des Travailleurs de l’Enseignement du Burundi (STEB) à Cankuzo et participait en même temps au comité national de ce syndicat. Dans un régime qui ne supporte pas toute voix discordante, porter les revendications d’un secteur aussi vaste que l’éducation n’est pas sans risque. Arcade BUTOYI a payé cher son activisme syndical.

Sur le plan politique, des sources ont confié au FOCODE qu’Arcade BUTOYI était membre du Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie (MSD), un parti d’opposition dont les militants sont particulièrement victimes de toutes sortes de harcèlement, y compris des assassinats et disparitions forcées ; tandis que d’autres disent plutôt qu’il aurait cessé toute activité politique dès qu’il a été élu dans la représentation nationale et nationale du syndicat STEB. Néanmoins, le fait qu’il était devenu fournisseur permanent des services de sonorisation au parti Congrès National pour la Liberté (CNL) pendant toutes ses réunions et meetings politiques, les autorités administratives (issues du CNDD-FDD) et les responsables du parti au pouvoir avaient fini par lui coller la casquette de militant du parti d’Agathon RWASA. Et c’est probablement cela la cause de son enlèvement et de sa disparition forcée.

A.2. Alawi NIYONKURU

Alawi NIYONKURU est né au chef-lieu de la province Cankuzo, au quartier Kigwati où il résidait toujours jusqu’au jour de son enlèvement. Alawi a eu une brève scolarité. Après avoir terminé ses études primaires, il n’a pas pu continuer avec le cursus scolaire général mais il a fait une formation professionnelle d’électricien. Il vivait de ce métier en offrant des services de maintenance des installations électriques.

Sur le plan politique, Alawi NIYONKURU est connu à Cankuzo comme un militant très engagé du Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie MSD. Alawi a longtemps assuré la représentation de la jeunesse de ce parti en province Cankuzo, ce qui lui a valu une détestation viscérale de la part des responsables du CNDD-FDD et des menaces depuis plusieurs années. Alawi NIYONKURU a souvent vécu caché mais, selon des proches, les menaces à son encontre avaient baissé d’intensité ces dernières années. Au cours de la campagne électorale de cette année (2020), beaucoup d’opposants dans le pays se sont associés à la campagne du parti CNL d’agathon RWASA, Alawi NIYONKURU était de plus en plus perçu comme un proche du CNL dans les jours précédant son enlèvement avec son ami Arcade BUTOYI.  

B. Contexte de l’enlèvement et de la disparition forcée de Messieurs Arcade BUTOYI et Alawi NIYONKURU.

Les deux hommes ont disparu le soir du 28 avril 2020. Arcade BUTOYI avait passé la journée en commune Kigamba où il assurait la sonorisation d’un meeting de la campagne électorale[2] du parti CNL. Aux environs de 20 heures du soir, Arcade BUTOYI est rentré à Cankuzo et déposé à son matériel de sonorisation à son studio situé tout près du lieu communément appelé « Au Trawex ». il a fait transporter le matériel par une camionnette qui assurait la liaison dans les activités de propagande du parti CNL en province Cankuzo. Au studio, selon nos sources, il a trouvé son ami Alawi NIYONKURU qui l’attendait.

Pour sa part, Alawi NIYONKURU avait passé la journée du 28 Avril à faire des travaux de maintenance électrique à l’hôpital de Cankuzo. Toutefois, le FOCODE n’a pas été à mesure de savoir pourquoi Alawi était venu attendre Arcade tout près de son studio et l’objectif de sa visite. Ce que nos sources nous ont assuré, c’est que les deux hommes étaient des amis très proches.

D’après des informations reportées par le journal en ligne ItaraBurundi.com[3], à l’arrivée d’Arcade à son studio il y avait deux véhicules qui étaient garés non loin de là et dont les occupants semblaient en train de surveiller les mouvements d’Arcade BUTOYI. Le même journal précise que l’un de ces véhicules appartiendrait à un sénateur élu dans la circonscription de Cankuzo et l’autre à un député de la même circonscription. Aucune autre source n’a corroboré cette information et le FOCODE n’a pas pu savoir si lesdits occupants ont échangé un mot avec Arcade BUTOYI ou Alawi NIYONKURU.

Autour de 20 heures 15, Arcade BUTOYI et Alawi NIIYONKURU ont quitté le studio et sont partis ensemble sur la motocyclette d’Arcad, ils se sont rendus au bar appelé « Ku Kayaga », un bar situé à la sortie de la ville de Cankuzo et non loin du domicile d’Arcade. Comme ce bar se trouve un peu loin de la ville, il est peu fréquenté après la tombée de la nuit. Il semble qu’Arcade BUTOYI et Alawi NIYONKURU avaient rendez-vous avec une troisième personne avec laquelle ils ont partagé un verre. A part les trois personnes et les employés du bar, seul un client se trouvait au bar selon les sources de la Campagne NDONDEZA à Cankuzo. Les efforts pour l’identification de la troisième personne ayant partagé un verre avec Arcade et Alawi n’ont pas encore abouti.

D’après les estimations de nos sources, 15 minutes seulement après l’arrivée d’Arcade et Alawi au bar, c’est-à-dire peu après 20 :30, deux véhicules dont un pickup double cabine et une voiture de type Toyota TI aux vitres teintées sont arrivés à « Ku Kayaga », le pickup est allé s’arrêter un peu à l’écart du bar et la voiture est entrée dans les enceintes du bar. De cette voiture sont sortis des hommes, qui seraient au nombre de quatre, certains en tenue civile et d’autres en tenue policière. Ils se sont dirigés directement vers Arcade et Alawi, leur ont demandé les pièces d’identité et leurs téléphones avant de procéder à leur arrestation. Arcade aurait demandé s’il pouvait aller récupérer son téléphone qu’il avait mis à charge dans un coin quelque part, ils ont refusé et sont allés le prendre eux-mêmes. Ils les ont alors embarqués dans leurs véhicules et ont pris la route de Kigamba. Selon des témoins, la troisième personne qui partageait un verre avec Arcade et Alawi a été également arrêtée de la même manière.

Il importe de souligner que, selon deux sources à Cankuzo, le véhicule a dû passer par une barrière de la police juste après la sortie du bar « Ku Kayaga ». Le FOCODE n’a reçu aucune information quant au contrôle policier du véhicule sur cette barrière.

Sur base des données précédentes à savoir l’éloignement du bistrot, une fréquentation assez limitée le soir et le fait que ces deux hommes n’étaient pas en bonne relation avec les caciques du parti CNDD-FDD à Cankuzo, il y a lieu de croire que les deux hommes sont tombés dans un piège. Une question intrigante laisse même perplexe les proches d’Alawi NIYONKURU : comment Alawi, un adepte de l’Islam, pendant le mois saint du ramadhan, au lieu de rentrer à la maison pour l’iftar, le repas qui marque la rupture du jeûne, a-t-il étrangement choisi d’aller dans un bistrot ?  Aussi, pourquoi les deux hommes ont-ils choisi un bistrot éloigné de la ville, loin de la résidence d’Alawi ce qui entrainait un retour tardif en ville d’Arcade après le partage du verre, créant ainsi des allers-retours inutiles. Intrigante c’est aussi l’identité de cette personne avec qui Arcade et Alawi partageaient de la bière. Des premières informations dont l’origine reste inconnue disaient que la mystérieuse personne serait un ami d’Alawi NIYONKURU qui serait venu de Ngozi pour lui rendre visite, mais personne dans la famille d’Alawi ne connaissait ce visiteur. D’autres sources affirmaient que la personne serait plutôt de Cankuzo. Au moins trois sources ont évoqué le nom d’un certain Léonce Nduwimana, originaire de la commune Mishiha en province de Cankuzo, finaliste de l’Université de Ngozi, et soutenaient que l’intéressé n’avait pas disparu. Au cas où l’information se confirmerait, la personne serait un agent chargé d’attirer les victimes dans un endroit discret avant leur enlèvement.

Les questions suivantes méritent un éclairage afin de tenter de mettre la lumière sur les zones d’ombre qui entourent ce dossier : qui est cette 3ème personne ? pourquoi les victimes avaient-elles choisi un bar éloigné de la ville et peu fréquenté ? Pourquoi n’ont-ils pas choisi un bar proche de chez Alawi alors que c’est lui qui avait un visiteur, d’autant plus qu’aux alentours du studio d’Arcade il existe plein de bars ? Une enquête minutieuse est nécessaire pour donner une réponse à ces questions parce que, de par notre expérience, le modus operandi est similaire à celui utilisé par le SNR dans d’autres cas de disparitions forcées que le FOCODE a déjà documentés dans le cadre de la campagne Ndondeza. Des personnes ciblées par le service de renseignement sont souvent appelées à un rendez-vous par une connaissance et, une fois sur le lieu convenu, des agents du SNR surgissent, embarquent les personnes ciblées et libèrent discrètement l’agent secret qui a servi à tendre le piège. Le FOCODE pas de preuves suffisantes qui permettent de confirmer si cette troisième personne était un agent du SNR, non plus il n’est pas à mesure d’infirmer cette hypothèse, d’où nous appelons à une enquête impartiale et approfondie pour connaitre son identité ainsi que le sort qui lui aurait été réservé. Des soupçons sur cette personne sont renforcés par des témoignages parvenus au FOCODE disant que pendant le temps passé avec Arcade et Alawi, la personne aurait sorti deux fois pour passer des appels téléphoniques mais personne ne sait qui il appelait.

C. Les présumés auteurs.

La nouvelle de cet enlèvement d’Arcade BUTOYI et Alawi NIYONKURU a vite circulé sur les réseaux sciaux car, avant de partir, Arcade aurait confié au quatrième client du bar d’informer sa famille qu’il était arrêté. Le gouverneur de Cankuzo Désiré NJIJI aurait été sollicité dans les minutes suivant l’enlèvement mais il aurait répondu qu’il n’avait pas encore eu cette information. Une autre personne à qui les proches des victimes ont appelé à l’aide c’est l’honorable Anglebert NGENDABANKA, un député élu de la circonscription de Cankuzo très souvent cité dans des cas de violations des droits humains dans cette province. Selon les sources du FOCODE à Cankuzo, le député a dit qu’il ne savait rien de ce dossier, mais le lendemain il aurait secrètement confié à un de ces amis que les personnes enlevées seraient déjà à Muramvya, une province du centre du pays.

Le FOCODE a reçu confidentiellement des informations d’une personne qui affirme avoir constaté ce soir-là, de ses propres yeux, un comportement inhabituel du responsable du service national de renseignement (SNR) en province de Cankuzo M. Epitace NDAYIRAGIJE. La source dit l’avoir vu sortir de chez lui vers 20 heures 30, en compagnie d’un grand nombre de policiers, ce qui laisse croire aux résidents de Cankuzo qu’il partait pour l’opération d’enlèvement d’Arcade BUTOYI et Alawi NIYONKURU. Le FOCODE n’est pas en mesure de confirmer cette information, mais la coïncidence des deux événements ne saurait ne pas intriguer. De surcroit, juste après la fuite de l’information confidentielle du transfert des victimes à Muramvya, des proches des victimes ont immédiatement appelé Epitace NDAYIRAGIJE pour lui demander ce qu’il savait de l’enlèvement. Monsieur NDAYIRAGIJE aurait rétorqué qu’il ne savait rien de ce qui se passait à Cankuzo parce qu’il était à Muramvya. Une autre coïncidence qui renforce la suspicion sur le rôle des deux hommes dans cette affaire.

Le FOCODE est extrêmement inquiet quant au sort des victimes. En effet, dès le lendemain de la disparition, le commissariat de la police à Cankuzo a annoncé qu’elle ne savait rien de ce qui était arrivé à Arcade BUTOYI et Alawi NIYONKURU ; le porte-parole de la police nationale, l’OPC1 Pierre NKURIKIYE, dans une communication à la presse faite le même 29 Avril 2020, a déclaré que la police avait reçu la confirmation de l’identité de deux des trois personnes qui avaient été kidnappées la veille à Cankuzo, avant d’ajouter qu’elles avaient été kidnappées par des « malfaiteurs ». Nos inquiétudes se fondent sur le fait que dans le passé, chaque fois que le porte-parole de la police a lâché de tels propos sur des cas d’enlèvement, les victimes ne sont jamais réapparues alors que les enquêtes de la campagne Ndondeza ont toujours convergé sur l’implication des éléments de la police nationale et du SNR. A titre illustratif, la police a fait ce genre de déclaration dans le cas de l’enlèvement suivi de disparition du président du parti NADDEBU Hugo HARAMATEGEKO en mars 2016, du journaliste Jean BIGIRIMANA en juillet 2016, de l’OPC2 Jérôme NDIKURIYO en mai 2016 et de l’étudiant originaire de Tangara Clovis NGABIRANO en novembre 2017. Comment se fait-il que la police ait connaissance de la présence « de malfaiteurs armés » dans une localité donnée mais n’envisage aucune action de recherche des malfaiteurs et n’organisation aucune opération de fouille-perquisition dans les alentours comme elle le fait dans d’autres cas ? Comment cette même police arrive rapidement à conclure sur le caractère « malfaiteurs » des auteurs d’un enlèvement avant le début d’une moindre enquête alors que les opérations d’arrestations menées par la police nationale et le SNR se passent de la même manière que ces opérations de kidnapping ? Pourquoi la police se contente-t-elle, toujours dans ces cas, de cette première déclaration à l’emporte-pièce, et ne communique jamais plus sur l’évolution de son enquête ? En réalité, sur base des différentes enquêtes de la Campagne NDONDEZA, il y a lieu de dire que chaque fois que la police burundaise communique très rapidement sur l’enlèvement d’un citoyen par de présumés « malfaiteurs » sans envisager aucune action ultérieure de le retrouver, cela signifie que l’intéressé a été arrêté par des corps de l’Etat et que la probabilité de le retrouver est presque nulle.

Deux mois après l’enlèvement d’Arcade BUKURU et Alawi NIYONKURU, nous avons des craintes qu’ils ont été exécutés par des agents de l’Etat au regard des déclarations et de l’inaction de la police burundaise.

D. Quelques articles publiés sur cette disparition

Le journal IWACU a consacré un article aux violences de la récente campagne électorale[1]. Cet article n’a pas manqué d’évoquer l’enlèvement d’Arcade BUTOYI et Alawi NIYONKURU à Cankuzo :

A Cankuzo, 3 personnes sont toujours portées disparues. Leurs familles sont désespérées. Arcade Butoyi, Alawi Niyonkuru et un certain Amouri ont été enlevés par des hommes armés le 28 avril dernier dans le bar «Ku Kayaga» situé au chef-lieu de la province Cankuzo.

Le lendemain de ce kidnapping, la police a indiqué qu’elle est au courant de ce cas et que des enquêtes sont en cours. «Depuis ce jour, nous n’avons aucune information. Nous pensons que des mobiles politiques se cachent derrière cet enlèvement». Arcade Butoyi est le représentant provincial du Syndicat des Travailleurs de l’Enseignement (STEB). Ce jour-là, indiquent ses proches, il avait passé la journée à Kigamba pour prendre des images de la campagne électorale du CNL.

Le journal SOS Media Burundi a rapporté le désespoir des familles un mois après la disparition d’Arcade BUTOYI et Alawi NIYONKURU[2] :

Il y a un mois qu’Arcade Butoyi, Alawi Niyonkuru et leur visiteur ont été kidnappés. Ils prenaient un verre dans un bar communément appelé Kukayaga situé dans le quartier de Nyamparahara du centre urbain de la province de Cankuzo (est du Burundi). Les ravisseurs qui n’ont pas été identifiés étaient dans une voiture. Les familles des trois hommes qui disent les avoir cherchés partout, en vain désespèrent. (SOS Médias Burundi)

Les trois hommes ont été enlevés le 28 avril dernier à 20h par des personnes armées de fusils à bord d’une voiture de marque Toyota.

Selon Godefride Nkeshimana, épouse d’Arcade Butoyi, la famille et les proches les ont cherchés dans tous les cachots, sans succès. « Nous sommes dans une confusion totale et ne savons pas s’ils sont encore en vie ou s’ils ont été tués », désespère-t-elle.

Au moment de l’incident, les responsables administratifs et la police avaient été alertés.
Le commissaire provincial de police s’était contenté de rassurer qu’une enquête était en cours.

M.Butoyi, représentant provincial d’un syndicat d’enseignants et Alawi Niyonkuru avaient participé dans un meeting du parti d’opposition CNL le jour de l’enlèvement. Le premier avait gagné le marché de sonorisation de l’événement au moment où le second y était allé comme aide technicien.

Les deux sont anciens militants du parti MSD (Mouvement pour la Solidarité et le Développement) radié par le gouvernement.
La troisième personne étant un visiteur.

Des proches des deux hommes pensent que leur enlèvement cache des mobiles politiques.


[1] https://www.iwacu-burundi.org/elections-2020-la-campagne-sur-fond-de-violences/

[2] https://www.sosmediasburundi.org/2020/06/08/cankuzo-des-familles-des-personnes-kidnappees-desesperent/


[1] Principal parti de l’opposition, agréé au début de 2019, le CNL la dénomination officielle de l’ancienne branche des FNL fidèles à Agathon RWASA.

[2] Le Burundi organise un triple scrutin (présidentiel, législatif et local) prévu pour le 20 Mai 2020. La campagne électorale a été lancée le 27 Avril 2020.

[3] https://itaraburundi.com/2020/04/30/burundi-urugendo-rwa-rwasa-aghaton-mu-cankuzo-rutegekanijwe-kuwa-gatandatu-bihuriyehe-ninyuruzwa-rya-arcade-butoyi/