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Disparition forcée de Monsieur Thierry NIJIMBERE

DECLARATION DU FOCODE n° 018/2018

« Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la disparition forcée de Monsieur Thierry NIJIMBERE, jeune opposant introuvable depuis son arrestation par des éléments de l’Armée burundaise (FDN) dans la soirée du 08 décembre 2015 à Mutakura ».

Dans le cadre de sa « Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi », le FOCODE a recueilli des informations et des témoignages sur la disparition forcée de Monsieur Thierry NIJIMBERE,  un jeune opposant résident du quartier Mutakura au nord du la capitale Bujumbura, arrêté par des éléments de l’armée burundaise dans la soirée du 08 décembre 2015. Thierry NIJIMBERE avait été très actif dans les manifestations populaires contre la troisième candidature de Pierre NKURUNZIZA. Il était au-devant de la scène dans plusieurs vidéos prises à l’époque, ce qui en a fait une cible privilégiée de la répression.  Le soir du 08 décembre 2015, il a été arrêté par des militaires conduits par feu Lieutenant-colonel Darius IKURAKURE à la 8ème avenue du quartier Mutakura au nord de la ville de Bujumbura. Plusieurs autres jeunes auraient été arrêtés dans la même soirée et seraient devenus introuvables pour la plupart. Comme d’habitude, aucun organe de l’Etat ne s’est investi pour retrouver la victime.

A. Identification de la victime

  1. Fils de Michel MPAWE et de Véronique NTAHOMBAYE, Thierry NIJIMBERE plus connu sous le sobriquet « Tiger» est né le 27 avril 1986 à Gasasa en commune Makebuko de la province Gitega. A sept ans, il a perdu ses deux parents tués au cours des massacres consécutifs à l’assassinat du Président Melchior NDADAYE en octobre 1993. Célibataire, Thierry NIJIMBERE vivait de son métier de chauffeur de taxi. Jusqu’au moment de sa disparition forcée, il résidait à la 8ème avenue du quartier Mutakura de la zone Cibitoke au nord de la ville de Bujumbura.
  1. Sur le plan politique, Thierry NIJIMBERE était considéré comme un sympathisant du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD), un parti politique de l’opposition dont les membres sont toujours dans la ligne de mire des corps de répression. Thierry NIJIMBERE avait été très actif dans les manifestations contre le troisième mandat de Pierre NKURUNZIZA. Dans les vidéos sur la manifestation, il a souvent été vu en première ligne (illustration https://youtu.be/_-mDupAOHVY ), ce qui en a fait une cible privilégiée de la répression.

B. Contexte de la disparition forcée de Thierry NIJIMBERE

  1. Le soir du 08 décembre 2015, Thierry partageait un verre avec un ami devant le portail de sa résidence sise au numéro 22 de la 8ème avenue à Mutakura. Autour de 18h45, le commandant d’alors du Bataillon génie de combat du Camp Muzinda, feu Lieutenant-colonel Darius IKURAKURE, a fait irruption sur la 8ème avenue avec ses gardes du corps. Lorsque l’équipe est arrivée au niveau des deux amis qui partageaient un verre, un des gardes du corps a appelé le sobriquet de Thierry : « Tiger » ! Innocemment, Thierry NIJIMBERE a répondu à l’appel, ce qui a permis de l’identifier. Immédiatement, il a été arrêté et ligoté avant d’être conduit jusqu’à la 12ème avenue de Mutakura.
  1. Ce soir-là, plusieurs autres jeunes avaient été arrêtés et rassemblés à la même 12ème avenue de Mutakura. A l’époque, une position militaire dépendant du Bataillon génie de combat du camp Muzinda était installée à la 13ème avenue de Mutakura. A la 12ème avenue, il y avait une sorte de poste avancée de la même position. Selon une source, tous les jeunes arrêtés ce jour-là auraient été conduits au quartier Kinyankonge où se trouvait une autre position militaire dépendant du Bataillon génie de combat du Camp  Plus tard dans la soirée, tous les jeunes auraient été transportés à bord de deux camionnettes militaires pour une destination jusqu’ici inconnue.

C. Efforts de la famille pour retrouver Thierry NIJIMBERE

  1. Contacté par la famille de Thierry NIJIMBERE, le chef de poste de la position militaire à Mutakura aurait répondu que toutes les personnes arrêtées le 08 décembre 2015 seraient détenues au cachot du camp de police à Kamenge connu sous l’appellation de « SOCARTIE ». Arrivés audit camp, les proches de Thierry NIJIMBERE auraient été renvoyés au cachot de la zone Cibitoke, puis au cachot du Service national de renseignement situé au quartier 9 de la zone urbaine de Ngagara. Les membres de la famille se sont partagé la tâche de vérifier dans tous les cachots de la mairie de Bujumbura et des environs, mais toutes ces tentatives de retrouver Thiery NIJIMBERE ont été vaines. Thierry n’a jamais été retrouvé.
  1. Tous les organes de l’Etat contactés par la famille de Thierry NIJIMBERE ont brillé par le silence. La famille n’a reçu aucune assistance de l’Etat dans sa recherche de la victime et elle n’a jamais été informée sur le lieu de sa détention. Toutefois, un proche de la famille aurait reçu la confidence d’un officier[1] du SNR : l’officier aurait révélé que tous les jeunes arrêtés dans la soirée du 08 décembre 2015 auraient été exécutés le lendemain de leur arrestation.
  1. Le FOCODE n’est pas en mesure de confirmer l’information faisant état de l’exécution des jeunes arrêtés le 08 décembre 2015 par feu Lieutenant-colonel Darius IKURAKURE. Le FOCODE n’est pas non plus en mesure de fournir l’identité des jeunes arrêtés. Quelques noms incomplets ont été fournis au FOCODE : deux jeunes SCOUTS Cassien et Elvis, un vendeur du charbon « amakara » surnommé « Terawume », une fille de ménage prénommée « Louise », etc. Une enquête indépendante sur les arrestations du 08 décembre 2015 s’impose.

 

D. Recommandations et prise de position.

  1. Le FOCODE condamnela disparition forcée de Thiery NIJIMBERE alias « Tiger » depuis son arrestation le soir du 08 décembre 2015 par des éléments de l’armée burundaise conduits par feu Lieutenant-colonel Darius IKURAKURE ;
  2. Le FOCODE condamne le silence de l’armée burundaise sur le sort réservé aux personnes arrêtées le soir du 08 décembre 2015 dans les quartiers nord de la ville de Bujumbura ainsi que l’inaction de tous les pouvoirs publics après la disparition forcée de Thierry NIJIMBERE ;
  3. Le FOCODE demande une enquête indépendante sur la disparition forcée de Thierry NIJIMBERE et sur le sort des personnes arrêtées par l’armée burundaise le 08 décembre 2015 dans les quartiers nord de la ville de Bujumbura ;
  4. Le FOCODE demande une enquête globale sur les nombreux crimes commis sous le commandement de feu Lieutenant-colonel Darius IKURAKURE, ancien commandant du Bataillon génie de combat du Camp Muzinda et coordonnateur de la répression dans les quartiers nord de la ville de Bujumbura que l’ouverture d’un dossier judiciaire visant tous ceux qui ont collaboré avec lui dans les différents crimes ;
  5. Le FOCODE salue le second rapport de la Commission d’enquête sur le Burundi et félicite le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies pour avoir renouvelé le mandat de la Commission pour une durée d’un an.
  6. Le FOCODE réitèresa demande à la Cour Pénale Internationale d’enquêter  profondément sur le phénomène des disparitions forcées devenu récurrent au Burundi et l’engagement des poursuites contre leurs auteurs présumés.

[1] La Campagne NDONDEZA a préféré ne pas rendre public le nom de l’officier pour sa sécurité


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