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Disparition de Théodesie Ahishakiye alias “Aimée Ncuti” et Rehema Kaneza alias “Maman Aicha”

DECLARATION DU FOCODE n° 008 /2018 du 31 mars 2018

 

Disparition de Théodesie AHISHAKIYE et Rehema KANEZA.

Les autorités burundaises doivent sortir du silence et agir !

Depuis le soir du 08 février 2018, deux femmes ont disparu alors qu’elles rentraient du travail : Madame Théodesie AHISHAKIYE alias « Aimée NCUTI » et Madame Rehema KANEZA. Les proches des deux victimes ont rapidement saisi la police judiciaire qui s’est mobilisée jusqu’à arrêter un suspect tandis qu’un autre, officier du Service National de Renseignement, a été « sauvé de l’arrestation» par l’intervention d’un haut gradé de l’armée burundaise. En dépit de charges d’accusations très graves qui ne trouvaient pas de réponses, le suspect a été libéré sur l’ordre du Procureur Général de la République, après deux jours de détention préventive. Une main très forte semble peser sur le système judiciaire et la police burundaise sur ce dossier. Depuis cette immixtion du Procureur Général de la République dans un dossier qui se trouvait encore au niveau d’un OPJ, la police a stoppé son enquête. Sept semaines après la disparition des deux femmes, les autorités burundaises sont murées dans le silence et ne mènent aucune action pour retrouver les victimes comme dans la plupart de dossiers de disparitions forcées.

Ce dossier revêt un caractère particulier à plus d’un titre. Contrairement à la majorité des dossiers de disparitions documentés par la Campagne NDONDEZA, ici les victimes ne sont pas des membres de l’opposition politique, plutôt Madame Théodesie AHISHAKIYE est membre du parti CNDD-FDD au pouvoir et se trouve liée à des personnes proches de hautes autorités du pays. Toutefois, les femmes étaient perçues comme « rwandaises » par certains milieux du régime en place, ce qui n’est pas sans danger dans le contexte de la crise en cours au Burundi. En effet, chacune d’entre elles avait ou un père ou une mère rwandaise mais toutes les deux avaient la nationalité burundaise. Il importe de noter qu’il existe des cas d’autres femmes assassinées en raison notamment du fait qu’elles étaient partiellement rwandaises : assassinat de Charlotte UMURWANEZA en octobre 2015 et celui de Lydia NIBOGORA en février 2017. En décembre 2014, Théodesie AHISHAKIYE alias « Aimée NCUTI » avait dû fermer son bar « PRAIZ » qui se trouvait en face du terrain d’entraînement régulier de Pierre Nkurunziza et de son équipe de football Alléluia FC ; la victime était soupçonnée d’être une espionne rwandaise dont le bar pouvait être utilisé pour assassiner le président.

Le mobile de cette double disparition peut également être d’ordre économique tout en gardant des liens avec des sphères politiques hautement placées au sein du régime du CNDD-FDD. Femme extrêmement discrète et très active, Théodesie AHISHAKIYE était à la tête d’au moins cinq sociétés commerciales régulièrement enregistrées. Mais, fort curieusement, ses proches n’étaient pas au courant de l’étendue des activités de la jeune femme ; des membres de sa famille ont avoué qu’elles ne connaissent même pas les noms de certaines de ces sociétés.  Dès le lendemain de la disparition, un homme, Aimable NDUWIMANA, a pris le contrôle des affaires de Théodesie AHISHAKIYE  et s’est permis d’occuper sa chambre à coucher. Il a avancé la raison de protection des enfants de la victime d’une part et d’autre part le fait qu’il serait dans une relation amoureuse avec la victime. Aimable NDUWIMANA est le suspect numéro un selon la police burundaise qui avait commencé ses investigations avant d’être stoppée par le Procureur Général de la République. Un officier du SNR qui aurait affirmé dans un premier temps que les victimes étaient détenues dans les cachots du SNR a changé complètement sa version et a menacé verbalement des proches de Théodesie AHISHAKIYE qui voulaient porter le dossier devant la police.

Les familles des victimes continuent à recevoir des messages qui affirment que les deux dames sont encore en vie et seraient détenues dans une maison privées sans indiquer l’adresse de cette maison. Face à l’indifférence des autorités publiques, les proches sont désespérés et ne savent plus à quel saint se vouer. En stoppant l’enquête et n’organisant aucune recherche des victimes, l’Etat du Burundi est en train de se rendre complice d’un crime grave : celui de la disparition de ses citoyens. Les autorités burundaises doivent garder à l’esprit qu’elles sont tenues de garantir la sécurité de tous les citoyens du pays.

La « Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi » poursuit son enquête sur cette double disparition forcée et reste ouverte à toutes les contributions pour que la vérité éclate au grand jour et, si c’est encore possible, pour que les victimes soient libérées. Ce dossier rend publiques les informations déjà disponibles afin de maintenir l’alerte. Il se focalise sur l’identification des victimes, les circonstances de la disparition, les démarches entreprises par les familles pour retrouver les victimes et essaie d’évoquer les auteurs possibles de la disparition au regard des informations reçues.


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